Bonne lecture!
© L'Illustré; 23.08.2006; numéro 34; page 36
La tournée
Stéphane Lambiel
A la conquête de l'Ouest
De nos envoyés spéciaux à Las Vegas Laurent Favre et Blaise Kormann (photos)
Respecté en Europe, adulé au Japon, le double champion du monde de patinage artistique est encore méconnu du public américain. Pour y remédier, Stéphane Lambiel a participé cet été au prestigieux Tom Collins Tour. L'illustré l'a retrouvé à Las Vegas, dernière étape de ce périple de quatre semaines.
Ladies and gentlemen, bienvenue à Vegas, la ville de tous les possibles, la capitale mondiale du show. Une ville de lumières artificielles et de carton-pâte, élevée au coeur du désert dans un délire architectural à vous faire faire le tour du monde en 80 minutes. Ici, chaque soir, des centaines de spectacles, du plus minable au plus flamboyant, rivalisent pour arracher momentanément le flambeur de passage du bras mécanique des bandits manchots. Magiciens, crooners, acrobates, boxeurs ou strip-teaseuses sont venus un jour chercher la gloire ou une seconde chance. Ici, Jerry Lewis, Dean Martin et Frank Sinatra ont une avenue à leur nom, en lettres blanches sur fond vert. Ici, Stéphane Lambiel s'est produit, le même soir que Céline Dion, le jour du 29e anniversaire de la mort d'Elvis.
Avec les plus grandes stars
Le jeune champion valaisan s'est arrêté le 16 août à l'Orleans Arena de Las Vegas, Nevada, date finale de la prestigieuse tournée de Tom Collins. A ses côtés, quelques-uns des plus grands noms présents et passés du patinage artistique: Evgueni Plushenko, Michelle Kwan, Sasha Cohen, Marina Anissina et Gwendal Peizerat, Victor Petrenko, Surya Bonaly.
A quelques heures de son entrée sur la glace, le double champion du monde arpente les coulisses en toute décontraction, consultant sa messagerie ou picorant quelques douceurs. Rien à voir avec la crise d'angoisse qui le tenaille avant une grande compétition. Pas de juge, pas de classement, pas de saut impossible, aucun risque de chute; seulement des pirouettes, de la grâce, de l'émotion. Du cousu main. Attablé devant une assiette de riz blanc et un steak trop cuit, il raconte ses quatre semaines passées à sillonner l'Ouest américain, de Kansas City à Las Vegas en passant par Denver, San José, Portland... «Je ne peux pas dire que j'ai vu les Etats-Unis, regrette-t-il. Mais c'est ainsi. J'ai bien aimé le Golden Gate de San Francisco et le port de Seattle. J'ai vu aussi l'extrême misère côtoyer l'extrême richesse... Côté sport, cela me fait quelque chose de me produire à Las Vegas. J'étais aussi très fier de patiner au Staple Center, la salle de 12 000 places des Lakers de Los Angeles. Parfois, c'était un job, lorsque nous patinions chaque jour dans une ville différente. Chaque matin, il fallait refaire sa valise, voyager en car, s'échauffer, patiner, rentrer se coucher et se lever tôt le lendemain. Mais à d'autres moments, ce furent de vraies vacances.»
Comme à Las Vegas. Profitant d'une journée de libre, Stéphane s'est envolé de L.A. un jour avant la troupe pour baigner au maximum dans les lumières de Vegas. Au menu de ce boulimique de shows: deux spectacles de cabaret, un ballet aquatique et deux représentations du Cirque du Soleil, sans compter un crochet dans le désert de Mojave et un petit tour au casino, le temps de gagner... 45 dollars qui le mirent en joie comme s'il avait décroché le jackpot.
«C'est Loft Story»
Moins drôle en revanche, la cohabitation parfois difficile, toujours indifférente, avec les autres membres de la tournée. «Nous sommes bien encadrés, logés dans les meilleurs hôtels, mais l'ambiance entre nous est très moyenne. Vingt-cinq patineurs, tous des gens à fort caractère, ensemble pendant un mois dans un bus et quasiment sans contact avec l'extérieur, cela devient vite Loft Story.»
Sur le Tom Collins Tour, Stéphane a partagé durant un mois le quotidien de trois de ses principaux rivaux: les Américains Evan Lisacek et Johnny Weir, et bien sûr l'énigmatique Evgueni Plushenko, que l'or olympique de Turin n'a pas rendu plus affable.
Artiste ou sportif?
«Ici, l'entraînement est d'un très haut niveau, bien meilleur que les exhibitions. Tout le monde tente des sauts, c'est très intense.» Lui comme les autres. «Une partie de moi veut toujours faire mieux. A la fin de la saison, je me suis dit: je suis double champion du monde, vice-champion olympique et je ne suis toujours pas comblé. C'est horrible! Mais c'est ainsi.» Cette compétition larvée a le don d'énerver les professionnels de la tournée. «Ils nous trouvent trop sérieux, mais c'est notre problème: la compétition reprend bientôt et nous devons nous entraîner.»
Entrent alors Surya Bonaly et sa maman. Les deux femmes s'installent sans hésitation à la table du Suisse. Ah, Surya! Un rayon de soleil pour Stéphane. Naturalisée américaine, la Niçoise vit désormais à Las Vegas dans une belle maison aux portes du désert où Stéphane Lambiel a passé deux nuits. Présente pour la quatorzième année consécutive, la Française souligne combien «Stéphane a de la chance, car d'autres champions n'ont pas été pris». «Les Américains ne sont pas tous connaisseurs, mais ils adorent les gens qui ont un truc en plus que les autres», ajoute sa mère en guise d'explication.
«Vivement l'année prochaine!» conclut Stéphane. Et voici juste-ment l'homme qui décide de tout.
Le brushing impeccable, le dentier étincelant, Tom Collins lui-même veille en personne aux préparatifs du grand show final. Même en légère perte de vitesse, son spectacle reste un must des spectacles sur glace. Il ne lui manque qu'un grand champion américain. «Si Sasha Cohen avait gagné à Turin, nous aurions été sold out (complet) partout», analyse Stéphane. Pour le Suisse, il y a une place à prendre. «Sti-phaane a un réel talent, comme peu de patineurs au monde, confirme Mr. Collins. Je suis heureux de l'avoir dans mon show, le meilleur des Etats-Unis depuis 1969. Pour lui, il est important de patiner aux Etats-Unis pour se faire connaître.»
Stéphane ne dément pas. Financièrement d'abord. Il touche environ 5000 francs bruts par gala, soit 100 000 francs avant impôts pour la tournée. «Un peu moins, corrige-t-il, selon qui Michelle Kwan gagnerait dix fois plus. Si le Valaisan ne patine pas que pour l'argent (il aurait pu rejoindre la tournée dès le mois d'avril), il sait le coût d'une saison de patinage. «J'ai besoin de ce revenu.»
Mais dans l'Ouest américain, le double champion du monde poursuit un autre but. «Cette tournée me permet de me faire connaître aux Etats-Unis. Les prochains Jeux auront lieu à Vancouver. Les gens de Seattle m'auront déjà vu patiner. Et puis, ce genre d'opportunité est rare, il ne faut pas se fermer les portes pour plus tard.»
Des envies de cinéma
La porte, justement, s'ouvre soudainement sur un géant nourri aux corn-flakes depuis son plus jeune âge: «Spectacle dans 30 minutes!» glapit le régisseur. Il est temps d'aller se changer. Mais Stéphane a encore envie de parler. Il n'a pas fini sa phrase. De quoi parle-t-il lorsqu'il évoque des «opportunités pour plus tard»? Il pose des questions, il a envie de savoir. C'est encore diffus, mal formulé, mais tant pis: il est toujours sincère et spontané, alors il évoque des envies... de cinéma. Est-ce un vrai projet? Une lubie dont cet impulsif se lassera? Est-il contaminé par l'esprit de Las Vegas, la ville où tout est possible? Nous restons toujours sur notre interrogation lorsqu'il ressort des vestiaires, revêtu d'une combinaison orange pour la première de ses trois entrées en scène. Les patineurs se succèdent rapidement. Il s'agit d'une succincte présentation au public. Il y a de la musique, des lumières. Stéphane Lambiel est de dos, il attend son tour. Son patin droit et sa nuque battent la mesure. Il lève le poing, lâche un cri de joie et se lance sur la glace. Il est bien, dans son monde à Las Vegas. L. Fe
Sur la route
Pendant quatre semaines, Stéphane Lambiel a sillonné l'ouest des Etats-Unis afin de se faire connaître du public américain. Un voyage initiatique. «J'ai dû apprendre à m'adapter», dit-il.
Moments intimes au 35e étage
Amoureux de Britney
Stéphane est un fan absolu de Britney Spears, qu'il rêve de rencontrer un jour. Ces superbes clichés de la star enceinte l'aident à patienter.
Un traitement de star
Bichonné par le Tom Collins Tour, le double champion du monde a logé dans les meilleurs hôtels, comme ici au célèbre Mandalay Bay.
Les lumières de la ville
Las Vegas est la nouvelle ville lumière. Artiste dans l'âme, Stéphane Lambiel s'est rué sur les spectacles: cinq en trois jours, plus le sien.
Pour une poignée de dollars
La chance du débutant
Chaque hôtel de Las Vegas possède son casino. Comme tout le monde, Stéphane a tenté sa chance. Avec une certaine réussite.
Trois barres et c'est gagné!
A peine une minute devant le bandit manchot et c'est déjà gagné: 45 dollars! Pas vraiment le jackpot mais Stéphane, tout heureux, s'arrêtera là.
«Los Angeles, je connaissais déjà. Alors j'ai sauté dans le premier avion pour profiter à fond de Las Vegas»
Stéphane Lambiel
Préparatifs en coulisses
Le coin des douceurs
Fruits secs, pâtes d'amande ou compléments alimentaires sont à disposition des patineurs. Stéphane craque volontiers pour les chocolats.
Trois costumes par soir
Stéphane fait trois apparitions par gala avec chaque fois un costume différent. A son grand dam, la production ne lésine pas sur les paillettes.
Surya, son soleil
Le Valaisan a sympathisé avec Surya Bonaly. L'ancienne championne française est une habituée des tournées professionnelles aux Etats-Unis.
Des copines, peu d'amis
Dernier repas
Il y a les Russes d'un côté, les Américains de l'autre. Alors Stéphane se retrouve souvent à table avec Surya Bonaly avant le début du gala.
Michelle la star
Michelle Kwan est la grande star de la tournée. Malgré un palmarès bien plus considérable, Stéphane Lambiel doit encore se faire un nom.
«Stéphane a de la chance de faire partie de la tournée. Beaucoup d'autres champions n'ont pas été retenus»
Surya Bonaly
«Malgré mes titres et mes médailles, je ne suis toujours pas comblé»
Stéphane Lambiel

